Le temps dans ma maison de tarés clinique psy est totalement différent du vôtre. On en a trop...Pas au début forcément. On dort beaucoup, on pleure, on mords son oreiller de rage sans trop savoir contre qui ou contre quoi est dirigée cette rage d'ailleurs. Est-ce d'avoir raté sa tentative de suicide (le lendemain, on a l'air tellement con!)? D'être seule? De se demander ce qui va advenir? Combien de temps rester? C'est la première question qui arrive au bord des lèvres. Déjà, on a à peine un pied dans la clinique que la seule chose qui nous importe est de savoir quand on va en sortir. "Le temps qu'il faut" répond l'ours des Carpates. Réponse non acceptable répond intérieurement le cerveau. Le gentil nounours (super autoritaire l'air de rien) vous regarde gentiment et vous sentez bien que de toutes façons, ce n'est pas vous qui allez être maître des prochaines semaines. On passe nos vies à expliquer qu'on n'a pas le temps, que si la journée avait 48 heures on saurait très bien quoi en faire et là, enfin, on vous donne du temps. un temps infini. Des moments qui passent en deux secondes, un rire, coupé par un sanglot, le bruit d'un briquet qui s'allume, la cigarette qui grésille. Le silence et le temps... Le calme après la tempête, le retour à une vie qui va nous sembler normale tout le temps du séjour. Etre dans sa chambre à 18h pour le médicament avant-dîner, rentrer de permission à temps, piaffer d'impatience devant le bureau des infirmières à l'heure des sorties. Attendre, on passe nos journées à ne faire que ça. Quand on se réveille trop tôt, on attend que les portes de la clinique ouvrent pour aller fumer sa première cigarette. Pas qu'on en ait réellement envie mais c'est toujours ça de pris sur l'attente du petit-déjeuner. Et puis, on est rarement seuls. Alors, on discute de nos nuits respectives. Franchement, c'st le genre de choses que l'on fait quand on est entre collègues? La première question que vous posez à votre chef de service est-elle réellement "as-tu bien dormi?". On demande plutôt comment s'est passée la soirée de la veille. Mais nous ici,on sait à quoi elle ressemblait la soirée de la veille. Parce qu'elle ressemblait à celle du jour précédent, à celle d'aujourd'hui et vraisemblablement à celle de demain. On est tous dans le même cas. Chacun dans son petit lit d'hôpital, attendant (encore!) que la dealeuse des médicaments (l'infirmière quoi!) ne passe avec le traitement. une fois qu'on l'a pris, on attend (toujours) de sombrer dans le sommeil que l'on souhaite apaisant pour l'esprit autant que pour le corps. les premiers jours, on bénit ce traitement un peu lourd qui vous envoie dans un sommeil artificiel. On le bénit même! Tout pour oublier où l'on est et pourquoi on est là. On a gâché le Noël familial de toutes façons. on n'a que ce qu'on mérite, la solitude avec du temps à perdre. Et puis au fur et à mesure, on se pose une question, peut-être LA question la plus importante: et si ce temps à perdre était justement du temps à gagner? Du temps enfin pour soi. Les premiers jours, deux écoles (prenez des notes si un jour ça vous arrive): l'enfermement total et volontaire dans le mutisme et sa chambre, pleurer, dormir, pleurer (régression totale, retour au niveau d'un nouveau-né!), manger du bout des lèvres sans trop savoir ce qu'on a dans son assiette et de toutes façons s'en foutre totalement. Ou alors, essaie de sortir (ne serait-ce que pour fumer une clope) et essayer d'apprivoiser l'autochtone. Mais toutes les conversations entre nous, tous ces moments partagés ne sont rien face à l'ampleur du vide qui entre dans nos chambres et que nous y sommes seuls. Seuls face à soi-même. A tenter de se poser les bonnes questions. Et qui nous dit que ce sont les bonnes d'ailleurs. Je vous rappelle que je débute comme hamster libre! Mes interrogations sont-elles justifiées? Normales? Qui peut m'aiguiller puisque jusque là, les seules personnes que je connaissais tournaient dans le sillage de ma roue? Les crises d'angoisse qui terrassent même en pleine nuit malgré le traitement parce que la douleur est trop intense et qu'on ne sait pas comment s'en sortir. Et un matin, regarder le soleil se lever et prendre une décision: je casse tout ce qu'il y a de mauvais dans ma vie, tout ce qui me blesse, me fait du mal, me heurte violemment et je rebâtis. On regarde derrière soi. Quarante balais. Il faut faire le tri dans quarante ans de vie, de ce qui fut bon ou pas, positif ou négatif. Le doute sans cesse qui revient. on met dans quel plateau de la balance? Bien? Mal? Bon souvenir? A effacer? On voit mieux au fur et à mesure que les jours passent. Une heure seule dans sa chambre à réfléchir peut-être aussi bénéfique qu'une séance avec l'Ours. Juste réaliser qu'il faut faire ce qui est bon pour soi. Etre égoïste de façon positive. penser à soi, se recentrer, être attentif enfin aux signes du corps et de l'esprit. Savoir apprivoiser les signaux d'alerte.

Etre un hamster libre mais sûr de ses appuis, ses amis, leur solidité. Avoir le courage de prendre le téléphone en disant "je ne vais pas bien, on peut se voir ou parler un peu?", ne plus faire le hamster tout va bien quand on flanche... Etre un hamster lucide de ses faiblesses et sûr de ses forces aussi. Ma roue commence à me paraître loin.