J'aurais adoré écrire un laconique "bref, j'ai fait une dépression" comme on dirait "bref, j'ai eu la crève". Il n'en est rien. A tout prendre, je pourrais écrire "bref, j'ai été hospitalisée"... Parce que pour le reste... Il reste beaucoup de boulot encore autour de ma petite personne.

D'abord, il me faut admettre que je ne suis pas guérie. Reposée, apaisée et plus sereine certes mais pas guérie. Je le vois à ma façon encore fébrile d'allumer mes cigarettes, à certains agacements soudains qui me submergent et que je peine un peu à calmer. J'ai repris le chemin de l'école, pleine de doutes et d'incertitude. Me retrouver face à mes élèves, me demandant si j'en avais vraiment la force, si je ne faisais pas une bêtise. Ce matin, j'ai eu à nouveau ce petit pincement au ventre, celui auquel vient se mêler la joie d'être de retour. J'ai cru mourir de joie quand un élève de première est entré dans la classe et a dit "Hi Miss! Welcome back!". J'ai cru exploser de bonheur, si j'avais pu je l'aurais embrassé! J'ai souri et remercié. Les yeux sur cette classe, j'ai su que j'avais eu raison de revenir. Ma place était là. On me l'avait gardé au chaud. Ils étaient tous là, bruyants puis calmes, avec leurs bêtises, leurs raisonnements bien à eux. Ils m'ont manqués pendant ces six semaines!

Ensuite, il faut que je reprenne mon quotidien en main! Terminer à l'heure juste, ne plus oublier de déjeuner, ne plus m'épuiser dans les couloirs à courir après les uns et les autres. Retrouver mon appartement avec plaisir le soir, m'organiser une vie dans laquelle je me sente bien. Pas si évident que ça! Pour l'instant, je ne sais pas encore trop comment occuper mes soirées, à part le jeudi! Le jeudi j'ai psy! Comme d'autres ont piscine ou tennis, moi j'ai psy. J'attends ça avec impatience. C'est l'occasion de continuer le travail fait à la clinique. Les autres jours (depuis hier parce que je viens de reprendre!), je rentre, enfile mon pyjama, je prends un livre, feuillette en rêvassant quelques pages, je dîne et me réfugie dans un sommeil artificiel dû aux somnifères. Pour l'instant, je ne me sens pas la force de sortir, de faire bonne figure, je préfère m'emmitoufler dans mon monde et rester à la maison.

Enfin, preuve que la guérison totale n'est pas pour tout de suite: je lutte! Perpétuellement, contre moi, contre mes démons, mes idées fixes qui deviennent insidieuses une fois la nuit tombées, mes obsessions. je sèche mes larmes qui s'amusent à couler toutes seules, laissant un trait noir sur ma main si j'ai le malheur de n'être pas démaquillée. Je sanglote, je tressaute, je serre mon doudou fort contre moi. le matin, prendre une douche me semble parfois insurmontable, je voudrai rester sous ma couette, à broyer du noir, qu'on me laisse en paix! Mais non, je me l'interdis! Il faut continuer, se battre! C'est le mot: se battre! je me bats tous les jours contre moi-même, les tentations faciles, les regards qu'on évite, les mains serrés dans les poches pour éviter d'éclater en sanglots. Je lutte contre moi-même, contre mes plus bas instincts, contre mon manque de volonté, contre la douleur qui sourd dans ma tête, la crispation de mes maxilaires d'avoir trop serré les dents, le tremblement de ma jambe quand je ne sais pas quelle décision prendre et contre ces envies qui me submergent. 

Le chemin est long, il est douloureux, je ne me le cache pas, je le sais. Je sais aussi à quel point je suis entourée maintenant. Je sais la valeur de ces amitiés réelles qui se sont révélées ou confirmées lors de mon hospitalisation. Les autres, je n'en ai quie faire. Aimer la blondinette, c'est l'aimer avec ses défauts, ses faiblesses et ses coups de mou, avec ses moments de cafard et ses plus grands éclats de rire. Sinon, on est en dehors de ma vie. C'est dit!